•  

    "

    Compagnons de la Libération. De Dakar à Bir Hakeim, l’Afrique joue un rôle capital dans l’histoire de la France libre. Parmi ces soldats, Claude Lepeu   http://www.francaislibres.net/liste/fiche.php?index=81013 : “Nous nous trouvions singuliers, bien sûr, mais nous n’avons jamais eu l’impression d’être des héros.”

    « Je suis un très mauvais ancien combattant », avoue Claude Lepeu. La famille Lepeu n’a guère la fibre militaire. Bourgeoise, catholique pratiquante, de droite par habitude autant que par conviction, épargnée par la Première Guerre mondiale, elle se préoccupe plus de sa florissante entreprise de quincaillerie et de sa chasse en Sologne que de politique. Claude, le septième des huit enfants, dilettante des idées, bon vivant, plutôt insouciant et enthousiaste, ne pense pas autrement. Le 3 juin 1940, Paris est bombardé ; le 10, le gouvernement quitte Paris pour Tours ; le 12, Paris est déclarée ville ouverte. Lepeu rejoint sa famille à Orléans. Les Allemands avancent ; les Lepeu partent à Aubusson. Là, Claude Lepeu entend le maréchal Pétain annoncer l’armistice. « Je ne peux pas rester les bras croisés, se dit-il. Je pars. » Il a 19 ans. Admirateur de l’empire colonial, certain que le conflit durera, que les Anglais résisteront et que les Américains les aideront, il gagne Saint-Jean-de-Luz pour dénicher un bateau pour l’Espagne afin de rallier l’Afrique du Nord.

    Il y trouve un camarade parisien, Roger Touny, animé des mêmes sentiments. Des soldats polonais traînent dans les bars ; ils attendent d’être embarqués sur le Sobieski. Les garçons leur achètent des capotes, se glissent au milieu d’eux, grimpent à bord. Lorsque le bateau appareille, le 21 juin, ils découvrent qu’il se dirige vers la Grande-Bretagne et que s’y trouvent 110 Français, des militaires de toutes les armes et des jeunes gens, étudiants pour la plupart. Parmi eux, 19 (dont Roger Touny) deviendront compagnons de la Libération ! Sur le Sobieski, Lepeu apprend l’existence de l’appel du 18 Juin. Débarqués à Plymouth, interrogés longuement par les Anglais, ils sont rassemblés à Londres, à l’Olympia Hall, le centre d’accueil et de recrutement des Français libres. De Gaulle se présente. Un discours glacial. Mais pour Lepeu, une espérance : la formation d’une armée française sur le sol anglais. Aussi, avec la petite bande du Sobieski, il décide de rester. Et, le 29 juin 1940, il s’engage dans les Forces françaises libres.

    Direction le camp d’entraînement d’Aldershot, au sud-ouest de Londres. Il en revient pour défiler à Londres le 14 juillet 1940 avec quelques centaines de marins, d’aviateurs et de légionnaires devant la statue du maréchal Foch, en présence du général de Gaulle et de l’amiral Muselier. Au camp sont regroupés les premiers éléments de ce que l’on nomme alors “la légion de Gaulle”. En particulier deux lieutenants d’artillerie, l’un de réserve, Albert Chavanac, l’autre d’active, André Quirot, sont chargés de constituer un groupe d’artillerie composé d’une batterie à quatre canons de 75 millimètres et d’une section de deux canons de 75. Claude Lepeu est affecté à la première batterie.

    Le 30 août, les artilleurs s’embarquent sur le Penland et le Westerland. Opération “Menace”, direction Dakar, capitale de l’Afrique-Occidentale française (A-OF). Depuis le 7 août en effet, un accord entre Churchill et de Gaulle prévoit une aide matérielle aux Forces françaises libres qui, tout en restant aux ordres du général français, devront se plier aux directives du haut commandement britannique.

    Cette expédition en est la première manifestation militaire. Pour Churchill, Dakar est une escale sur la route du Cap, dont l’intérêt s’est accru depuis les difficultés survenues en Méditerranée. Pour de Gaulle, Dakar est une ouverture sur l’A-OF, alors que l’Afrique-Équatoriale française (A-ÉF), à l’exception du Gabon, vient de se rallier et que Brazzaville est devenue la capitale de la France libre. Préparée hâtivement, mal engagée, la détermination des autorités vichystes ayant été sous-estimée, l’opération, qui se déroule du 23 au 25 septembre, aboutit à un fiasco malgré une force navale non négligeable. Pour la première fois au cours de ce conflit, les Français ont tiré sur d’autres Français. De Gaulle, présent, est démoralisé. Il confiera plus tard : « Tout brûlait […] et là, oui, j’ai songé au suicide. »

    Semblable à Fabrice Del Dongo à Waterloo, Lepeu ne comprend rien de ce qui se passe à Dakar. Les artilleurs débarquent à Douala, au Cameroun, une immense région, base territoriale de la France libre, où de Gaulle reste six semaines. Avec son bastion avancé au nord que forme le Tchad, la France libre est au contact de la Libye italienne et est, par Khartoum, en liaison avec Le Caire pour alimenter le front d’Afrique du Nord et du Proche-Orient : entre 25 000 et 30 000 avions parviendront ainsi sur le front d’Égypte !

    Agrégés au corps expéditionnaire français du Cameroun, les artilleurs passent sous le commandement unique du commandant Jean-Claude Laurent-Champrosay, un saint-cyrien qui a rejoint les Forces françaises libres (FFL) depuis la Haute-Volta (Burkina Faso). Sous son impulsion, la petite unité d’artillerie s’étoffe, forme de jeunes Camerounais et Sénégalais, engagés volontaires.

    Une partie de cette unité rejoint la brigade française d’Orient, créée en octobre 1940, et participe aux côtés des Anglais à la campagne d’Érythrée contre les Italiens au printemps 1941. Une autre partie, à laquelle appartient Lepeu, contourne l’Afrique, remonte la mer Rouge, traverse le Sinaï, puis est dirigée sur le camp de Qastina, au sud de Jaffa, où se rassemblent toutes les Forces françaises libres terrestres présentes au Moyen-Orient. Elles prendront le nom de division légère française libre (DLFL) sous le commandement du général Legentilhomme, de la coloniale.

    Le 26 mai, venant d’Afrique noire, de Gaulle passe en revue cette division de 5 400 hommes et remet les premières croix de la Libération, notamment à Pierre Messmer. Il annonce que la DLFL va participer avec les Britanniques aux opérations au Liban et en Syrie sous mandat français depuis 1920...lire la suite...

    Le 10 juin, Koenig reçoit ce message du général de Gaulle : « Sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil. »

    Atlas de la France libre, de Sébastien Albertelli, Autrement, 80 pages, 17 €."


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :